Sophie Rostopchine, comtesse de SEGUR

à Paris, Les Nouettes, Kermadio…
Le dimanche 12 mars 2006.
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Le château de Kermadio à Pluneret en Bretagne.

L’entrée en littérature de Sophie Rostopchine est tardive, mais presque immédiate. Elle écrit son premier roman en 1855, à 56 ans, pour distraire ses deux petites filles Camille et Madeleine (alias Les petites filles modèles), parties vivre à Londres.
Il se trouve que le comte de Ségur est président des Chemins de fer de l’Est. Sollicité par Louis Hachette, il lui accorde le monopole de la vente dans les gares de livres pour enfants, et présente sa femme à l’éditeur quelque temps plus tard. Celle-ci signe son premier contrat en octobre 1855. Le succès de ce premier ouvrage l’encourage à composer un ouvrage pour chacun de ses autres petits enfants.

L’écriture ne va modifier que légèrement les règles d’une vie peu ordinaire. Sophie avance d’une heure le moment de son réveil : 4h30 chaque matin. Toilette, une bonne heure d’écriture, messe. Petit-déjeuner. Éveil de la maison, enfants, petits enfants… Écriture encore. Déjeuner. Lecture de L’Univers de son ami Louis veuillot. Sieste et/ou promenade. Dîner. Écriture.

Sa vie a commencé en 1799 en Russie. Son père est le comte Fédor Rostopchine, ministre des affaires étrangères du Tsar. Le parrain de Sophie est… le Tsar lui-même, Paul 1er.

En septembre 1812, Rostopchine, gouverneur de Moscou, ordonne l’incendie de la ville (et de sa propriété de Voronovo) pour qu’elle ne tombe pas intacte aux mains des armées napoléoniennes qui, bientôt, vont d’ailleurs battre en retraite.
Épuisé par ces événements, le comte démissionne de ses fonctions en 1814 et part reprendre des forces en Allemagne puis à Paris, où il s’installe fin 1816 rue Chantereine. Le reste de sa famille emménage quelques semaines plus tard dans l’hôtel du maréchal Ney, avenue Gabriel (ils repartiront en Russie six ans plus tard ; Sophie, elle, ne retrouvera la Russie qu’en la faisant revivre dans certains de ses romans).

Les Rostopchine ont le temps de se rendre quelquefois chez Mme de Staël, 40 rue des Mathurins, avant que celle-ci ne décède en 1817.

Sophie épouse en 1819 Eugène de Ségur, qui se fait habiller pour l’occasion par Buisson, le tailleur de Balzac qui tient boutique 110-112 rue de Richelieu.

La nouvelle adresse du jeune couple est le 6 (aujourd’hui 48) rue de Varenne, une triste demeure pour Sophie car le bel Eugène se révèle très vite être un mari peu présent.

En juillet 1820, Eugène, Sophie et leur fils Gaston séjournent au château de Chandai chez un parent des Ségur, le duc de la Force, lorsqu’ils visitent un château à vendre, qui appartient au maréchal Lefebvre-Desnouettes. Les bouleaux du parc rappellent à Sophie ceux de Voronovo.

Fédor offre le château à sa fille en guise d’étrennes, en janvier suivant ! Le château des Nouettes à Aube sera, jusqu’à sa vente en 1872, le havre de paix de la comtesse de Ségur, loin d’une vie parisienne peu enthousiasmante pour elle.

Les Nouettes sont situées sur la route entre Paris et Cherbourg, et c’est juchés sur la barrière des Nouettes que les six enfants Ségur contempleront le 3 août 1830 le passage d’un attelage royal : celui de Charles X, en fuite après les Trois glorieuses.

Eugène devient pair de France en août suivant. Son entrée en politique l’éloigne encore davantage de sa femme et de ses sept enfants : Gaston, né en 1820, Anatole (1823), Edgar (1825), Nathalie (1827), les jumelles Sabine et Henriette (1829) et Olga (1835). Sophie ne se remettra jamais parfaitement de cette dernière naissance.

Voici quelques autres lieux où la comtesse de Ségur et ses proches ont vécu :
- le 55 rue de Lille est l’adresse de Mme de Ségur, mère d’Eugène,
- Gaston rentre en 1843 au séminaire d’Ivry. Fin 1847, il emménage 32 rue Cassette, puis 39 rue du Bac en 1856,
- après la mort de son mari en juillet 1863 au château de Méry-sur-Oise chez son frère Adolphe, Sophie déménage du 91 au 53 rue de Grenelle,
- Olga et son mari vivent 110 rue Saint-Dominique,
- Anatole demeure 120 rue du Bac,
- dans les années 1860, la comtesse vit entre Les Nouettes, Kermadio [1] chez sa fille Henriette et Bruxelles, où vit maintenant Nathalie.

Elle entre dans les ordres en 1866 et continue à écrire. Elle est victime d’une congestion cérébrale en 1869 et part ensuite à Kermadio reprendre des forces. La guerre de 1870 l’oblige à y prolonger son séjour. L’effondrement consécutif des ventes de ses livres l’oblige à vendre Les Nouettes.

Sophie décède en 1874 à sa dernière adresse parisienne, le 27 rue Casimir Périer.

À contacter
L’association des Amis de la Comtesse de Ségur : 3 rue l’Abbé Roger Derry, 61270 Aube. Tél. et fax. : 02 33 24 60 09. Mèl. : accueil at musee-comtessedesegur.com.

À visiter
Le musée de la comtesse de Ségur à Aube (www.musee-comtessedesegur.com) est ouvert de juin à septembre. Tél. : 02 33 24 60 09. Il est installé dans l’ancien presbytère du village, à côté de l’église.
Le château des Nouettes, propriété du Conseil général de l’Orne, est occupé aujourd’hui par un institut médico-pédagogique.

Sources
La Comtesse de Ségur née Rostopchine. Hortense Dufour. J’ai lu n°6160.
Le très bon site http://perso.wanadoo.fr/ecole.comtesse de l’école "Comtesse de Ségur" à Aube.

[1] Près de Sainte-Anne-d’Auray ; les environs constituent le cadre de Jean qui grogne et Jean qui rit. La comtesse est enterrée dans le cimetière tout proche de Pluneret.


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