Félicité LAMENNAIS

à Saint-Malo, en Bretagne, à Paris
Le jeudi 28 août 2003.
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70 rue des Archives à Paris.
"Demander le salut au passé, c’est chercher la vie dans les tombeaux. Notre gouvernement en est là ; il croit que reculer, c’est vivre. La question telle qu’il l’a posée nous place entre la République et l’arbitraire de cour ; à tout prendre, j’aime mieux la première, parce que j’aime mieux la fièvre que la mort, ou la paralysie qui y mène."
Lamennais, lettre du 27 mars 1830.

Lamennais est au départ un Chateaubriand bis : breton, romantique (avant l’heure), catholique, royaliste. A l’arrivée, ils n’ont plus en commun que leurs racines bretonnes, leur religion et l’amitié qui continue de les lier malgré tout. L’abbé a viré au socialisme et le romantisme n’est plus vraiment son souci. Il a le même itinéraire politique atypique que Dumas et Hugo - dont il est directeur de conscience à partir de 1821 - mais en plus radical : Lamennais va de l’ultraroyalisme à un socialisme plus marqué et plus précoce que ses collègues. Il est ainsi l’un des rares à dire après la révolution de juin 1848 que la toute jeune République s’est reniée en réprimant la révolte des ouvriers parisiens.
Des partis et des amitiés politiques, il est plus libre que Chateaubriand, Dumas et même Hugo qui entretiennent longtemps des relations avec une branche ou l’autre de la famille royale. Le seul ami de Lamennais, c’est Dieu, qui n’est plus, depuis 1789, le grand ami des rois.

- Félicité de La Mennais naît en 1782 à Saint-Malo, 5 rue Saint-Vincent.
- Il séjourne dans ses jeunes années au château des Corbières près de Saint-Servan et au manoir de Préval à Dinan. Il étudie au séminaire de Saint-Brieuc.
- On le retrouve à Paris en 1815, dans une dépendance du couvent des Feuillantines 8 à 12 rue des Feuillantines (ex-impasse), peu de temps après que le jeune Victor Hugo y ait demeuré avec sa mère et son frère. Il est ordonné prêtre cette année-là et devient célèbre deux ans plus tard avec son contre-révolutionnaire Essai sur l’indifférence en matière de religion, dont l’originalité dérange Rome et l’Eglise de France.
Il collabore en 1818-20 au Conservateur fondé par Chateaubriand (qui cesse de paraître lorsque la censure est rétablie en mars 1820). Il fonde lui-même Le Défenseur en 1820 avec Louis de Bonald. Lamartine et Nodier y collaborent.
Pourquoi s’arrêter ? En 1825, La Mennais fonde la congrégation de Saint-Pierre, basée au château de La Chênaie entre Dinan et Combourg. En 1829, sa rupture avec la monarchie de Charles X, dont il dénonce depuis longtemps les compromissions religieuses, est consommée. Il penche pour un libéralisme catholique. Celui-ci n’existe pas ? Il va l’inventer ! Les Trois Glorieuses de juillet 1830 font de lui un républicain convaincu, et le voilà à la tête d’un nouveau journal, L’Avenir, dont les bureaux s’ouvrent 5 rue des Beaux-Arts en octobre 1830. Henri Lacordaire, un jeune dominicain, y collabore bientôt.
L’Avenir prône toutes les libertés : la liberté politique, la liberté de l’enseignement (Lacordaire fonde une école libre 3 bis rue des Beaux-Arts en 1831), la liberté de conscience qui passe par - revendication qui a soixante-dix ans d’avance ! - la séparation de l’Eglise et de l’Etat ; la liberté des peuples de s’affranchir des régimes oppresseurs. Toutes ces libertés sont clairement condamnées par le pape Grégoire XVI en 1832. L’Avenir cesse de paraître. La Mennais quitte sa particule et devient Lamennais par souci démocratique.
- Ses Paroles d’un croyant ("l’évangile de l’insurrection", dit Lamartine) signent en 1834 sa rébellion contre l’Eglise de Rome. Démuni, il trouve refuge chez Chateaubriand, son compatriote breton resté fidèle malgré leurs divergences d’opinion, qui l’héberge quelque temps 120 rue du Bac.
- En 1841, voilà Lamennais emprisonné à Sainte-Pélagie, accusé de conspiration et condamné malgré le soutien de Chateaubriand et de George Sand, très impressionnée par son engagement politique.
- Il demeure ensuite 12 rue du Grand-Chantre (devenue depuis une partie de la rue des Archives). Elu député après la révolution, en avril 1848, il démissionne de son mandat en mai, déçu par le comportement de certains confrères qui s’opposent en particulier aux libertés locales.
- Après les journées révolutionnaires de juin 1848, il saborde son journal Le Peuple constituant, considérant que la répression qui a suivi ces journées fait honte à la République, et étant un des seuls avec Proudhon, Considérant et Pierre Leroux à le dire haut et fort. Dans le dernier numéro de son journal, le 11 juillet 1848, il donne son interprétation des restrictions que la République impose de nouveau à la presse : "Silence aux pauvres !".
- Ses autres adresses parisiennes sont le 33 galerie Montpensier en 1852, le 13 rue Tronchet et le 70 rue des Archives, où il décède en 1854 (plaque). Le 1er mars 1854, il est enterré au cimetière du Père-Lachaise. Il a refusé des obsèques religieuses. Des ouvriers et la Marseillaise accompagnent son cercueil.

À voir aux alentours

En Bretagne :
- Chateaubriand à Saint-Malo, Plancoët, Dol, Combourg…
- Villiers de l’Isle-Adam à Saint-Brieuc, Lannion, Tréguier, Rennes…
- Louis Guilloux et Alfred Jarry à Saint-Brieuc,
- Pierre Loti à Paimpol,
- Joseph Conrad à Lannion-L’Ile Grande,
- T. E. Lawrence à Dinard,
- Pierre Mac Orlan et Paul Féval à Rennes,
- Colette à Rozven ("la rose des vents"), à Saint-Coulomb près de Saint-Malo.

Petite bibliographie
Les Voix de la liberté. Michel Winock, Seuil, 2000.

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Le château de La Chênaie, à Plesder près de Dinan

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